Sport sur ordonnance : Prêts ? Partez !

L’activité physique ou le « sport santé » est une thérapeutique non médicamenteuse validée, dixit la Haute Autorité de Santé (HAS). D’où sa prescription par le médecin traitant, désormais possible depuis le 1er mars 2017. Mais en pratique, un flou artistique persiste. Faute de cadre financier, cette belle initiative risque de rater son départ. 

Le coup d’envoi de la prescription de l’activité physique adaptée (APA) a été donné le 1er mars dernier. En effet, le décret sur la possibilité de prescription de l’APA par le médecin traitant – qu’il soit généraliste ou spécialiste, libéral ou hospitalier- est entré en vigueur. Créée par la Loi de modernisation du système de santé de janvier 2016, cette reconnaissance officielle du sport comme « médicament » a depuis été inscrite dans le code de la Santé publique (article L. 1172-1). L'objectif affiché est de prévenir et réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liées à la maladie.

 

Qui bénéficie de la prescription de l’activité physique adaptée ?

Potentiellement, dix millions de Français souffrant de l’une des 29 affections de longue durée (ALD) dont la BPCO, sont concernés. 

Côté logistique, la prescription nécessite un formulaire spécifique qui est, à la mi-mars, encore indisponible. Celui-ci devrait préciser les capacités physiques du patient ainsi que le risque médical pour une prescription personnalisée qui définira pour chacun la fréquence, l’intensité, le type et la durée de la séance d’activité physique adaptée. Le temps nécessaire à l’évaluation des limitations physiques du patient et à sa mise en œuvre sera long puisqu’il faudra intégrer un entretien motivationnel. Néanmoins, le tarif de la consultation médicale n’a pas été réévalué pour prendre en compte ces impératifs. Or, le médicament « activité physique » mérite la sécurité au moyen d’un bilan préalable, une évaluation précise des capacités de la personne afin de définir la posologie la plus efficace : habitudes de vie, profil de santé et pathologie, capacité physique (composition corporelle, examen cardiologique avec électrocardiogramme et épreuve d’effort cardio-respiratoires, évaluation des capacités musculaires etc.).

Dans ce cadre, on vise le « sur-mesure », avec quatre niveaux de personnalisation de l’activité physique, c’est à dire adaptée aux capacités physiques du patient, en tenant compte des spécificités de sa maladie, de ses limitations fonctionnelles et de son attirance pour une activité particulière.

Si le terme de « prescription » vise à sécuriser la pratique, pour autant, il ne s’agit pas là d’un véritable parcours de soins à proprement parlé.

 

Comment bénéficier de la prescription médicale ?

En théorie, toute personne en ALD peut contacter son médecin traitant pour envisager une activité physique adaptée. En pratique, peu sensibilisés ou disponibles, les médecins ne se seront pas tous constitué un réseau de professionnels du sport ou de la rééducation aptes à délivrer ce type d’activité physique. Les associations de patients, les services municipaux concernés dans certaines villes peuvent aiguiller. 

Quant aux professionnels habilités à délivrer l’activité physique adaptée, ce sont les masseurs kinésithérapeutes, les ergothérapeutes, les enseignants en activité physique adaptée (APA), les éducateurs sportifs et mêmes les bénévoles non diplômés. A ce jour, ce sont les enseignants en APA qui ont la formation la plus adaptée à la mise en œuvre du soin « activité physique ». Des formations complémentaires devraient être proposées si nécessaires à l’ensemble des professionnels sus-cités. A noter, une tarification du « soin activité physique » par un encadrant habilité n’est pas encore connue.

Quant au délicat sujet du financement de cette activité physique adaptée, le remboursement par l'Assurance Maladie n’est pas envisagé pour l’instant. Sa réalisation reste donc à la charge des patients ou des collectivités territoriales qui l’auront décidé. C’est déjà le cas dans une quinzaine de villes françaises dont la pionnière, Strasbourg, qui a encouragé l’initiative en mettant à disposition des équipements et du personnel d’encadrement sportif dès lors qu’il y a prescription médicale. Il s’agit alors plutôt d’une facilitation à l’accès au sport que d’une prise en charge médicale dûment encadrée.

Des associations sportives locales appliquent aussi les prescriptions, à l’instar de l’association Côte Basque Sport Santé, financée par la ville de Biarritz et des partenaires privés. Enfin, certaines mutuelles – la MAIF à ce jour - pourraient proposer à leurs adhérents en ALD de financer une partie du coût des soins « activité physique ».

 

Hélène Joubert, journaliste

Merci au Dr Roland Krzezntowki, pour ses explications. Médecin du sport, de médecine physique et de réadaptation il est aussi président de Mon Stade, structure dédiée à la mise en œuvre de l’activité physique dans la prise en charge des maladies chroniques (Paris).