La réhabilitation respiratoire en 6 questions

1. La réhabilitation respiratoire, qu’est-ce que c’est ?

Dr Daniel Piperno, pneumologue à Lyon : La réhabilitation respiratoire est une prise en charge globale du patient axée autour de deux grands piliers que sont l’activité physique et l’éducation thérapeutique.  Le but ultime est d’améliorer la qualité de vie du patient, soulager ses symptômes, le rendre le plus autonome possible, l’aider à mieux comprendre et mieux gérer sa maladie, anticiper les problèmes (exacerbations) et atteindre un ou deux objectifs raisonnables.

2. Dans la pratique, en quoi consiste-t-elle ?

Dr D. Piperno : La réhabilitation respiratoire est conduite par une équipe pluridisciplinaire (médecin pneumologue, kiné, professeurs d’activité physique adaptée, diététicienne, psychologue, infirmière…) en fonction des besoins du patient et du programme défini lors de sa prise en charge. Selon les modalités (en ambulatoire, en hospitalisation complète, dans une structure de proximité ou à domicile) elle aura lieu 2 à 3 fois par semaine (ou tous les jours en cas d’hospitalisation). Au programme, des activités physiques comme du vélo d’appartement, de la musculation, de la gymnastique, mais aussi de la kiné respiratoire et de l’éducation thérapeutique. Certains centres proposent même du yoga, de la balnéothérapie, du step et pourquoi pas du chant etde la sarbacane… Tout ce qui peut améliorer le souffle, l’équilibre et le mieux-être.

3. A quoi sert la réhabilitation respiratoire dans la prise en charge de la BPCO ?

Dr D. Piperno : Lorsqu’on souffre d’une maladie chronique et en particulier de la BPCO, on a tendance à limiter progressivement son activité quotidienne. Cela entraine une diminution de la masse musculaire et des performances. A l’inverse, cela augmente la sensation d’essoufflement à l’effort. Grâce à l’activité physique régulière et adaptée, l’adaptation respiratoire, cardiaque et musculaire à l’exercice s’améliore, ce qui retentit très vite sur la qualité de vie au quotidien. Sans guérir pour autant la BPCO, les patients se sentent beaucoup mieux au quotidien !

4. Comment s’inscrire à un stage de réhabilitation respiratoire ? Qui peut s’inscrire ? Il y a-t-il des contre-indications ?

Dr D. Piperno : Pour s’inscrire dans un centre de réhabilitation respiratoire, le mieux est de s’adresser à son pneumologue qui connait les structures existantes dans sa région.

La réhabilitation respiratoire s’adresse à tout patient qui, malgré un traitement médicamenteux adapté et bien suivi, se sent limité au quotidien par son souffle. Il n’y a pas de limite d’âge ni de sévérité de la maladie (les patients sous oxygène peuvent aussi y participer).

Il est cependant nécessaire d’établir un bilan initial comprenant une évaluation précise par le pneumologue de la maladie respiratoire et, dans l’idéal, une épreuve d’exercice cardio-respiratoire pour éliminer toute contre-indication cardiaque.

Une carte des centres de réhabilitation respiratoire existants en France est disponible sur le site internet de la société de pneumologie de langue française (SPLF) [1]. La difficulté peut être de trouver une structure adaptée. Les structures en France sont trop peu nombreuses, malgré divers plans ministériels et recommandations.

5. Existe-t-il une prise charge par l’Assurance Maladie ?

Dr D. Piperno : Il n’y a pas à l’heure actuelle de cotation de l’acte de réentrainement à l’effort prévue par l’Assurance Maladie.  La plupart des centres fonctionnent sur le mode de soins de suite et réadaptation (SSR) qui ont un tarif de journée différent selon les secteurs et la modalité de prise en charge (ambulatoire ou hospitalisation complète). Si celle-ci s’effectue dans un cabinet de kinésithérapie, l’Assurance Maladie prévoit un remboursement qui dépendra des activités effectuées.

6. Avez-vous un message à faire passer ?

Dr D. Piperno : Oui ! La réhabilitation respiratoire est reconnue par toutes les sociétés savantes (françaises et internationales) comme étant un des éléments fondamentaux du traitement de la BPCO ! Pourtant à peine 5 à 10% des patients en bénéficient.

Un paradoxe : les centres existants sont peu nombreux mais tous ne fonctionnent pas à plein régime car peu de médecins pensent à la prescrire. Il est donc aussi important que les patients en parlent avec leur médecin. Une fois le stage effectué, il faut bien sûr maintenir les bénéfices sur le long terme, ce qui est le véritable enjeu de la réhabilitation : induire un changement des comportements au quotidien. Et ce n’est sans doute pas le moindre des défis !

 


[1] Pour consulter la carte et trouver une structure de réhabilitation respiratoire proche de chez vous : http://splf.fr/groupes-de-travail/groupe-alveole/la-carte-de-la-rehabilitation/