Qu'est-ce que la BPCO

La BPCO - ou Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive - est définie comme une maladie pulmonaire chronique et lentement progressive. Elle n’est pas une maladie anodine. Qualifiée de « tueur silencieux », elle se caractérise par une obstruction chronique des voies aériennes
• non complètement réversible
• habituellement progressive
• associée à une réaction inflammatoire anormale
• et à des conséquences systémiques
• en réponse à des toxiques inhalés, principalement le tabac.

La BPCO est une maladie encore trop  méconnue en France, comme dans l'ensemble du monde. Elle concerne pourtant très directement quelque 3 millions de personnes en France où elle occasionne plus de morts que la pneumopathie atypique, le sida, la grippe, les accidents d’avions de train et d’automobile réunis. L’une des premières causes de la méconnaissance de la BPCO tient justement à son caractère sournois et insidieux…

La cause première et principale de la maladie est le TABAGISME - dans 90% des cas -. Nous avons à ce jour la certitude que plus un individu a fumé, plus il risque de développer une BPCO. On estime qu’à partir de 1 paquet par jour pendant 15 ans (soit 15 paquet-année), le risque devient significatif.

Le tabagisme figure ainsi au premier rang des facteurs de risque et notamment
- chez l’homme, si plus de 20 paquets/années,
- chez la femme, si plus de 15 paquets/années,
- associé ou non à l’inhalation de cannabis,
- incluant le tabagisme passif ;

Même pour une exposition moindre, le tabagisme constitue encore une menace dont il faut tenir compte. Elle est aussi due, mais beaucoup plus rarement, à une exposition professionnelle à certains polluants. Elle peut enfin être la conséquence d’infections broncho-pulmonaires de l'enfance. Elle se distingue de l'asthme, cette autre pathologie respiratoire qui apparaît souvent précocement chez l’enfant ou le jeune adulte. Car la BPCO survient plutôt chez les personnes d’âge mur et souvent après une intoxication tabagique prolongée sur de nombreuses années.

Une personne, le plus souvent fumeur ou fumeuse, qui tousse et crache tous les matins, est susceptible d'être frappée de BPCO ; il importe de ne pas banaliser ces premiers signes : il n’est pas "normal" de tousser lorsque l’on fume. Car jour après jour, la BPCO non diagnostiquée ni soignée évolue vers un rétrécissement progressif et irréversible du calibre des bronches, qui à un stade avancé de la maladie se rétrécit. L’air entre dans les alvéoles pulmonaires mais il s’évacuera difficilement du fait du rétrécissement des bronches.

Dans certains cas les lésions peuvent évoluer vers une destruction progressive des alvéoles du poumons, ce que l'on appelle l'emphysème, qui est une des complications de la BPCO.

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Ne pas banaliser la bronchite chronique

- La bronchite chronique s'exprime par une toux avec crachats (expectoration) qui se manifeste plusieurs mois (au moins 3) par an et ce depuis au moins deux ans. Les crachats surviennent plus fréquemment le matin. En effet, les sécrétions s'accumulent pendant la nuit, alors que le réflexe de toux est diminué. Elles sont évacuées le matin au réveil. Ces crachats constituent en quelque sorte la "toilette matinale" des bronches.

- Ces toux et expectoration chronique sont souvent banalisées, à tort, par les fumeurs qui considèrent qu'il s'agit d'une conséquence normale et sans gravité du tabagisme. Il s'agit bien au contraire d'un signe d'inflammation des bronches, conséquence directe du tabac ou plus rarement par d'autres agents irritants notamment professionnels. Cette inflammation bronchique entraîne le développement anormal des glandes bronchiques et une augmentation des sécrétions muqueuses.

Nous ne sommes pas tous égaux face au tabac. Certains fumeurs ne feront jamais de bronchite chronique et certains malades bronchitiques chroniques ne développeront jamais d'obstruction bronchique. Mais il faut noter que les signes de bronchite chronique sans obstruction associée correspondent au stade initial de la BPCO. Il est donc important d'en parler à votre médecin si vous présentez les signes d'alerte que sont la toux et l'expectoration persistantes.

Même si la bronchite chronique n'est pas la BPCO

La bronchite chronique n'est qu'une des manifestations de la BPCO. Inversement il est tout à fait possible de développer une BPCO sans présenter les symptômes de la bronchite chronique. C'est notamment le cas lorsque les lésions d'emphysème prédominent.

L'emphysème, autre conséquence de l'inflammation induite par le tabac correspond à la destruction progressive et irréversible des alvéoles pulmonaires. Quand la maladie est à un stade avancé, c'est à dire quand le calibre des bronches est très rétréci, l'air entre dans les alvéoles pulmonaires, mais il s'évacue difficilement du fait u retrécissement des bronches. Cela produit alors une augmentation de la pression atmosphérique dans les alvéoles, qui se distendent, puis se détruisent. Ce qui aboutit à ce que l'on nomme l'emphysème pulmonaire.

L'emphysème est qualifié de «centrolobulaire» quand les lésions sont centrées par la bronche. Il se manifeste après l'âge de quarante ans et s'aggrave avec le degré d'obstruction des bronches. Plus il évolue et plus l'expiration est rendue difficile par une quantité d'air de plus en plus importante piégée dans le thorax. Ce dernier gonfle progressivement dans tous les sens, on dit qu'il prend un aspect « globuleux » ou en « tonneau » (voir dessin ci-contre)

Il existe un autre type d'emphysème dit «panlobulaire», beaucoup plus exceptionnel. Cette affection, qui débute chez des jeunes ayant une vingtaine d'années, n'est pas causée par la consommation de tabac. Elle est d'origine génétique et liée au déficit d'une enzyme 'appelée « alpha-1 antitrypsine ») dont le rôle est de protéger l'organisme, en particulier les poumons, des substances qui peuvent l'agresser. Le manque total ou partiel de cette enzyme dans le sang provoque et aggrave la destruction des alvéoles pulmonaires

L'essoufflement (ou dyspnée) est un autre symptôme majeur de la BPCO. L'existence d'un essoufflement chez un sujet fumeur ou ex fumeur, qu'il soit ou non associé à une bronchite chronique ne doit pas être banalisé et doit au contraire faire rechercher une BPCO au moyen d'un examen simple et non douloureux appelé Exploration Fonctionnelle Respiratoire. Cet examen est réalisé par un pneumologue.

Pour dépister la BPCO : faites mesurer votre souffle

Maladie jusqu'alors essentiellement masculine, la fréquence de la BPCO augmente chez la femme où elle est souvent plus précoce et plus sévère. Cette évolution est étroitement associée à l'augmentation du tabagisme constaté chez les femmes et en particulier chez les jeunes femmes. Aussi la BPCO doit-elle être dépistée le plus précocement possible. Car les lésions broncho-pulmonaires provoquées par le tabac sont irréversibles et aucun traitement ne peut les faire disparaître. Pour réaliser un diagnostic précoce de l'obstruction des bronches, le seul moyen actuellement à disposition est la mesure du souffle par l'exploration fonctionnelle respiratoire, c'est à dire la spirométrie.

Aussi si vous vous sentez essoufflé, si vous toussez, si vous crachez le matin en vous levant et avez plus de 40 ans, n'hésitez pas à consulter votre médecin traitant et lui demander qu'il procède ou fasse procéder à une mesure du souffle.